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Association philosophique à vocation culturelle et sociale
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 La philosophie pour quoi faire ?

Qu’est-ce que la formation philosophique ? Qu’est-ce que le philosophe ? Le philosophe est celui qui s’interroge sur lui-même et le monde, pour comprendre, agir et aider. Une démarche de formation de soi libre et active.

Par Jean-François Buisson - Extrait de la revue Acropolis n°200, sept-oct 2007 (n° spécial Le retour de la philosophie)

Rendre la philosophie accessible, sans rien perdre de sa richesse, tel est l’objectif que l’association culturelle et philosophique Nouvelle Acropole s’est fixée depuis cinquante ans dans le monde et trente sept ans en France. Plus que l’étude de la philosophie, c’est une véritable formation philosophique qui est proposé, alliant l’étude des traditions philosophiques et spirituelles de toutes les civilisations d’Orient et d’Occident à la mise en pratique des enseignements millénaires par des actions sociales, humanitaires, écologiques, artistiques permettant d’exercice à titre individuel et collectif des valeurs et des conduites philosophiques.

Que peut-on attendre d’une formation philosophique ?

Rien ! Si par «attendre» on entend une attitude passive de consommateur. Beaucoup, si l’on considère que la philosophie nous aide à découvrir les réponses à nos questions par une démarche active et personnelle.
À qui s’adresse une formation philosophique ?
Elle répond à une certaine demande qui n’est peut-être pas celle de tous. De même qu’une école de médecine s’adresse à ceux qui ont pour idéal d’être médecin, une formation philosophique s’adresse à ceux qui désirent être philosophes.

Que veut dire être philosophe ?

Pour répondre à cette question, il faut retrouver la signification véritable du terme «philosophe», trop souvent associé aux souvenirs scolaires et perçu comme rébarbatif. Le philosophe est avant tout un homme ou une femme qui s’interroge sur lui-même et sur le monde, qui a soif d’apprendre, non «pour savoir», mais pour comprendre, pour agir et aider.
Le philosophe sait qu’on ne peut pas changer le monde, mais que l’on peut changer le regard qu’on porte sur le monde. Il reconnaît ses propres imperfections comme une matière à transformer, à qualifier ; il considère sa personnalité comme le sculpteur considère la pièce brute qu’il va travailler jusqu’à la perfection.
Le philosophe est fondamentalement un alchimiste au sens traditionnel du terme, celui qui apprend à faire de l’or avec le plomb de sa propre personnalité.
Il cherche la véritable liberté et il sait que celle-ci est proportionnelle à l’autonomie et à la responsabilité qu’il est capable d’assumer. Aussi cherchera-t-il à découvrir la source de sa propre volonté, de son énergie : son maître intérieur.

A la recherche de la vérité

Ses études lui fourniront des repères, des exemples, des pistes. Mais rien ni personne ne fera le chemin pour lui. S’il étudie, c’est qu’il cherche la vérité. Il sait que cette dernière ne peut être acquise mais seulement approchée. Il sait également qu’elle n’est accessible qu’à un esprit ouvert. Il a conscience que l’accès à la vérité dépend du développement de ses facultés intérieures. Mais l’esprit n’est pas seul en cause. Souvent nos goûts et nos dégoûts, nos habitudes, nos désirs et nos peurs, bloquent l’envol possible de l’esprit. Le philosophe qui a étudié ces fonctionnements, apprendra à les contrôler et à les transformer pour ne plus dépendre d’eux.

Mieux vivre avec soi-même et les autres

La formation philosophique a donc cet objectif : permettre à chacun de devenir son propre maître, de libérer sa propre source de ressources, de se fortifier pour escalader avec succès ses propres sommets intérieurs. D’apprendre à maîtriser ses outils personnels (le corps, les émotions, l’intuition, les énergies, la réflexion…) pour les coordonner dans une voie de travail, de progrès, de transmission.
Cette démarche n’est pas égoïste. Elle n’est pas tournée ver soi, mais vers l’humanité toute entière dont le philosophe se sent solidaire et qu’il désire aider, à sa mesure mais sans modestie exagérée.
Car «le philosophe est celui qui a fait un certain choix de vie, une certaine option existentielle qui exige de lui un changement total de vie, une conversion d’une certaine manière» (1), manière conforme aux valeurs humaines éthiques et esthétiques, sans concessions aux modes et à l’opinion dominantes, mais tendue vers un idéal supérieur.

Au-delà des croyances

D’autre part, «ce choix ne se fait jamais dans la solitude, il n’y a jamais ni philosophie ni philosophe en dehors d’un groupe, d’une communauté, en un mot d’une école de philosophie (1), lieu où s’exercent la solidarité, la relation fraternelle, la créativité…
La démarche philosophique n’est pas d’ordre religieux. Le philosophe se situe au-delà des croyances. C’est pourquoi il les respecte toutes. Son credo serait plutôt : «Il n’y a pas de religion supérieure à la vérité». Il s’agit pour cela de redécouvrir dans les sagesses, les spiritualités et les enseignements philosophiques, les fondements métaphysiques communs qui répondent avec intelligence et pertinence à la question des origines et de la finalité de l’univers, de la vie, ainsi qu’au besoin fondamental de formation et de réalisation des individus.

Comment aborder la philosophie ?

L’étude de la philosophie s’appuie sur un patrimoine immense, celui des traditions philosophiques et spirituelles de toutes les civilisations, qu’elles soient d’Orient ou d’Occident. Cette étude comparée a pour premier intérêt de donner accès à des connaissances qui sortent du cadre intellectuel auquel nous sommes habitués. Elle ouvre de nouvelles voies de compréhension, plus larges et plus complexes. En enrichissant la palette des idées et des conceptions sur les questions essentielles, elle favorise une réflexion individuelle plus fine et plus sûre et par conséquent des choix plus adaptés à la réalité de la vie.

Vérifier ses intuitions

D’autre part, cette approche des arts, philosophies, religions et sciences, lorsqu’elle est effectivement comparative, met en lumière les invariants de la pensée humaine, au-delà des cultures et des époques. Elle fournit par conséquent des repères universels, base d’une stable formation intellectuelle, qui guident et orientent le philosophe. Elle permet en même temps de vérifier certaines de nos intuitions en leur donnant un cadre rationnel et logique permettant de distinguer l’illusion de la réalité. La mise en pratique des enseignements millénaires, adaptée à la spécificité de notre époque, est alors affaire de chacun. Le partage de cet idéal philosophique, qui exige le meilleur de chacun dans le respect des individualités, est source de solidarités et d’amitiés réelles. Les occasions de participation à des projets communs (actions sociales, humanitaires, écologiques, artistiques…) sont autant d’opportunités d’exercice individuel et collectif des valeurs et des conduites philosophiques.

* directeur national de l’Association Nouvelle Acropole de Suisse
(1) Pierre Hadot,
Qu’est-ce que la philosophie antique ? Folio/essais

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